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Les femmes à l’honneur : Patrizia GREGORI - SNCF Réseau coin coin

07.03.2019

Les femmes à l’honneur : Patrizia GREGORI - SNCF Réseau

Chef de Division Performance Environnementale et Règlementaire

Chef de Projet Plancher Bois et Alternatives.

Membre du réseau d’experts d’entreprise Synapses - Expert niveau 4

SNCF Réseau


A l’occasion de la Journée internationale des femmes le 8 mars, nous vous proposons les interviews-portraits de 11 femmes dont les entreprises sont membres de LCB et qui représentent les différents métiers réunis au sein de l’association : raboteurs, négociants, agents, importateurs et partenaires.


Découvrez le portrait de Patrizia GREGORI


Quel est votre parcours de formation, puis professionnel ?

Passionnée depuis toujours par les forêts et les roches, j’étais tiraillée au lycée sur l’orientation que je voulais donner à ma vie. Finalement, j’ai entrepris des études en géologie dans la prestigieuse Université de Padoue (Italie) où j’ai obtenu  le diplôme de Docteur en Géologie après avoir soutenu deux thèses, une expérimentale en géotechnique et une en relèvement géologique.  Après 2 ans d’activité en Italie comme chargée d’études hydrogéologiques, j’ai réussi l’examen pour l’inscription au tableau de l’Ordre des Géologues, puis  et j’ai commencé une Spécialisation (2 ans) en hydrogéologie et modélisation hydrogéologique tridimensionnelle  à l’Université de Toronto (Canada) au sein du Groundwater Research Group dont mon tuteur a été le Professeur Ken Howard, vice-président de l’IAH (International Association of Hydrogeologists).
Trilingue français/anglais/italien, j'ai 22 ans d'expérience en expertise environnementale, réglementaire et sanitaire, développées en Italie, au Canada (Ontario) et en France, tant dans l'industrie privée (Hydrodata Italy, EGIS France, SNCF) que dans les centres de recherche (CNRS, Venise, Italie, recherche sur les eaux souterraines GROUP, Toronto, Canada). J'ai rejoint la SNCF en 2004 dans le cadre des études des nouvelles lignes à grande vitesse vers Strasbourg (LGV Est) et vers l’Espagne (LGV SEA). Très vite, j’ai également su mobiliser mes  compétences pour améliorer la performance et l’efficacité de la maintenance des lignes existantes et des ouvrages tout en assurant une protection optimale de l’environnement vis-à-vis de l’activité ferroviaire. Au sein de la Direction Technique de l’Ingénierie de SNCF, j’ai donc créé un pôle d’études en hydrogéologie et j’ai développé un réseau en interne pour faire connaitre ce nouveau service et en mettre en œuvre les compétences. Pour assurer la réalisation des nombreuses études,  j’ai ouvert le réseau à des bureaux d’études externes et surtout à des organisations internationales d’industriels afin de développer des solutions toujours plus efficaces et innovantes.
En 2009, le pôle étant devenu solide, j’ai senti le besoin d’élargir ma vision des autres aspects  environnementaux, en incluant les sujets de l’économie circulaire,  de l’empreinte écologique et de la santé humaine d’un point de vue  non seulement technique mais aussi stratégique. J’ai donc rejoint la Division Environnement de l’Ingénierie de SNCF Réseau où j’ai réalisé expertises et conseils techniques, scientifiques et règlementaires pour développer la performance technique, économique et environnementale sur plusieurs volets : la gestion des sites et sols pollués sur plus de 100 000 ha d’emprises, l’impact environnemental et sanitaire de la circulation de 15 000 trains commerciaux par jour , l’expertise environnementale et règlementaire lors des cessions de terrains (50 par an), la transformation des friches industrielles en éco quartiers (34 projets urbains de grande ampleur déjà réalisé en collaboration avec les collectivités ), la maintenance du réseau ferré  avec ses 30 000 km de lignes,  la gestion des déchets (tous les ans : plus de 2  M de tonnes de ballast, 125 000 tonnes de rail, 300 000 tonnes de traverses en béton…), l’économie circulaire, l’analyse cycle de vie, la normalisation et l’homologation de nouveaux produits pour l’infrastructure ferroviaire.
Depuis 2010 je suis responsable du règlement REACH, des réglementations phytosanitaires et du règlement sur les biocides. Membre de plusieurs organisations et réseaux d'entreprises en France et en Europe (INNOVASOL, RECORD, UIC, IEO/WEI, CEI-bois, SGH, ATIBT, LCB, SCORE LCA...), depuis 2014 je pilote un projet industriel européen pour tester et homologuer les différents traitements du bois pour le rendre plus durable.
De plus, je collabore à de nombreux réseaux professionnels français et internationaux  : UIC, IEO/WEI, SGH, CEI Bois, LCB, ATIBT,TTF, AFIGA, INNOVASOL, RECORD, GESIPOL, ESSOR, Groupe Friches industrielles, SCORELCA,  AFNOR.  Je suis membre à titre personnel de l’Association Ferroviaire Française des Ingénieurs et Cadre (AFFI) et du réseau international des hydrogéologues MODHYROPOLL. De plus, je suis membre de réseaux internes SNCF : le Réseau des Ambassadeurs de l’Innovation et le Réseau Synapses, qui est le réseau des experts scientifiques et techniques du Groupe SNCF. Je suis la 1ere femme à avoir intégré ce réseau  au niveau IV, le plus haut, celui des experts reconnus au niveau international.


Quelle est votre fonction et en quoi consiste votre rôle ?

Depuis juillet 2018 je suis cheffe de la Division Performance Environnementale et Réglementaire dans la direction nationale industrielle et technique de SNCF Réseau, le gestionnaire français de l'infrastructure ferroviaire nationale. Dans ce cadre je m’occupe de mise en œuvre et diffusion du SME (Système de Management Environnementale), de prospection et stratégie durable opérationnelle (appliquée aux projets et à la production industrielle), de la coordination des différentes expertises techniques, scientifiques et réglementaires, du développement des ACV (analyse cycle de vie), des ASE (analyse socioéconomique), de la prise en compte des externalités dans les projets et la production industrielle,  de la normalisation française et européenne, de l’appui technique et réglementaire pour les contentieux et les  négociations, de l’appui à la communication, de lobbies européens et de relations avec les institutions françaises  et européennes.
Mon rôle est d’impulser la performance environnementale au même temps que celle économique en intégrant  les objectifs environnementaux directement dans la production industrielle et les projets par l’innovation et à la collaboration dans toutes ses dimensions.
Depuis quatre ans je travaille pour mettre en œuvre une véritable stratégie et une organisation efficace pour la protection de l’environnement et de la santé humaine dans le respect des exigences techniques, des choix industriels et des équilibres économiques et sociaux. Concrètement, par les projets que j’ai piloté, j’ai révolutionné la façon de travailler par l’introduction de l’esprit d’Open Innovation : au sein des projets, j’ai créé et je pilote des Think Thank et/ou des Groupes de Travail multi disciplinaires, multiculturels (certains de ces groupes ont une envergure internationale) et dont certains membres sont externe à SNCF (autres industriels, organisations, ONGs, chercheurs institutions). L’objectif est de travaillent ensemble à la résolution de problèmes spécifiques en tenant compte des volets environnementaux et économiques.
Pour réussir, il a fallu avant tout, comprendre les intérêts, les habitudes et les objectifs souvent divergents de chaque membre : représentant de différentes activités internes SNCF (acheteurs, ingénieurs, financiers, médecins,..), industriels, ONG, institutions ; mais également négocier pour que chacun intègre les objectifs et intérêts commun et tenir  compte  des différences culturelles  (on ne négocie pas de la même façon avec un industriel espagnol et un industriel suédois). Les obstacles à surmonter sont la méfiance, les arrière-pensées que chacun prête à l’autre, et les pièges du langage. Il n’est pas question de compromis car «l’intégration suppose de l’invention », alors que « le compromis ne crée rien, il s’arrange avec ce qui existe déjà ; l’intégration crée quelque chose de nouveau » (Metcalf & Urwick, 1941 : 35) et apporte ainsi le changement.  L’intérêt de ce travail ne se limite pas à la mutualisation des expériences mais génère une intelligence collective et permet le développement d’une règlementation européenne équitable et la création d’un front d’industriels, au niveau européen,  avec des intérêts communs, et qui peut créer de nouveaux marchés  et donner envie à d’autres industriels d’investir d’avantage en R&D pour améliorer l’équilibre performance environnementale, sociale et économique. De plus les acteurs externes deviennent alors de véritables alliés pour impulser le changement en interne et intégrer l’environnement dans les pratiques de l’Entreprise.
Grace à ces convictions et à ces actions, en septembre 2018 j'ai remporté le Trophée de la femme de l'année pour le développement durable de l’industrie française du magazine Usine Nouvelle.


Qu’est-ce qui vous a poussé à vous tourner vers un métier lié au bois ?

Depuis toujours je suis passionnée par les arbres et les roches : j’avais toujours plein les poches de cailloux et de feuilles d’arbres que je collectionnais. J’aimais notamment passer mon temps libre dans les Dolomites à faire des via ferrata et à me promener dans les bois.
Grace au projet de recherche sur le traitement du bois pour les traverses de chemin de fer que je pilote depuis 2014, j’ai eu l’occasion d’approfondir mes connaissances sur le bois comme matériaux, sur les forêts et leur gestion et sur toute la filière bois en général.  Pour cet usage, le bois représente en effet le meilleur matériau tant sur le plan technique qu’économique. A  première vue obsolète voire peu adapté aux exigences technologiques propres au ferroviaire, le bois est probablement le matériau le plus performant et respectueux de l'environnement que la nature a donné à l'Homme pour ses constructions. Le bois, comme matériau technologique, est esthétique, performant, renouvelable et équitable. Il est polyvalent et sert pour la construction, le mobilier, l'emballage, les panneaux, les ouvrages d’Art, …
Mais c’est aussi une ressource précieuse qu’il convient de préserver. De nombreux progrès restent à faire sur la gestion durable et responsable de cette ressource, tant sur le plan environnemental qu’éthique.
Pour le compte de SNCF j’ai agi à tous les niveaux afin d’assurer un approvisionnement responsable sur cette base.  Grâce à un réseau interne allant de l’ingénierie à la logistique en passant par les achats et le développement durable, mais aussi à un réseau externe solide pour améliorer notre connaissance du bois et des forêts, nous avons révolutionné complètement, en un an et demi le marché et les référentiels techniques pour la SNCF. Nous avons réduit au maximum notre chaîne d’approvisionnement pour être au plus près des forestiers engagés dans une démarche responsable.
Avec l’aide des forestiers nos fournisseurs, nous visons à cesser d’exercer une pression sur seulement quelques essences de bois pour en homologuer de nouvelles déjà disponibles sur le marché et encore peu connues. L’objectif est de protéger la biodiversité et garantir une meilleure performance technique et économique : « nous achetons ce que la forêt peut nous offrir pour nos besoins ».
De plus, dans un objectif de performance économique et environnementale, nous collaborons avec la filière bois et la start-up Ethicwood, pour rentabiliser les rebuts de notre marché bois « traverse » qui représentent 70% du volume des grumes.   C’est à partir de ce constat qu’en 2018 j’ai lancé le Projet : « Et si nous déclinions les forêts dans nos gares, dans notre infrastructure, dans nos trains ». En janvier 2019, avec nos architectes, designers et paysagiste,  j’ai porté ce projet au Japon pour une collaboration avec le SFJTI (Société Franco-Japonaise des Techniques Industrielles), l’ARCHI-DEPOT Corporation et le chemin de fer japonais. Cette fois ce n’est pas seulement pour révolutionner les marchés et les référentiels  de nos traverses mais aussi pour mettre plus de bois dans nos gares et dans nos trains. «Planter une deuxième forêt». La «deuxième forêt» de produits de bois récoltés que nous pourrions «planter» donc sur notre infrastructure, dans nos gares, dans nos trains en utilisant plus de produits en bois. Comme ces produits continuent de stocker le carbone tout au long de leur vie utile, ils sont des contreparties aux forêts qui stockent le carbone dans les arbres. En effet la régénération naturelle de la forêt ne suffit pas à faire baisser le émissions de gaz à effet serre car les arbres morts émettent du CO2. Le bois récolté, issu de forêt gérée durablement, permet d'entreposer une grande partie du carbone sur nos emprises tout au long de la vie des produits en bois.  La gestion durable des forêts et l'utilisation de produit en bois responsable sont, par conséquent, la meilleure garantie pour protéger les forêts : ils donnent de la valeur à la forêt pour la protéger, ils sont des outils de lutte contre le développement d’une agriculture intensive, d’un développement urbain massif, et permettent plus largement de lutter de façon concrète contre le changement climatique.
Et cette aventure n’est pas terminée. Les échanges avec les experts japonais vont nous inspirer pour impulser et développer l'utilisation du bois à la SNCF :
-    Le bois par ses propriétés techniques exceptionnelles qui nous permettent d'augmenter notre performance industrielle tout en assurant la sécurité des circulations et le bilan économique,
-    Le bois, plus léger offre des possibilités d'utilisation de modules préfabriqués à monter sur place, qui permettraient de réduire considérablement les coûts et la gêne aux voyageurs en phase de chantier,
-    Le bois pensé en système constructif modulaire constitué d’éléments unitaires limités permettant de construire tous les éléments d’architecture et de mobilier utiles à nos clients et pouvant faire l’objet d’une industrialisation rationnelle d’usinage de ces éléments en optimisant au mieux la ressource y compris celle des rebuts : le bon bois pour un usage adapté à ses qualités intrinsèques,
-   Le bois dans tous nos usages et notamment celui de la construction et du mobilier mais également en  aménagement urbain et paysager,


Sur quels sujets travaillez-vous avec LCB, à quel(s) groupe(s) de travail participez-vous ?
J’ai poussé SNCF à être membre de LCB notamment pour l’assistance à la Diligence Raisonnée que nous avons mis en place en 2018 suite au changement stratégique de notre marché de bois tropical. Je suis aussi membre de l’ATIBT où je travaille dans les groupes pour la promotion du bois certifié durablement.  Je suis membre aussi de la CEI Bois où je travaille dans les groupes LCA, Durabilité et Construction. Je participe aussi à la rédaction d’un booklet européen sur la durabilité du bois.


Qu’est-ce qui vous passionne dans votre métier ?
Mon métier me passionne car je me sens utile pour mon entreprise, pour la société et la protection de l’environnement. J’ai la chance de pouvoir travailler dans un environnement multiculturel et multi métier.


… et dans la vie, plus personnellement ?
Je suis en général passionnée par les autres : j’aime communiquer et échanger.  J’aime bouger et faire du sport : course à pied, pilâtes, vélo, via ferrata.  J’aime prendre du temps pour mes enfants, partager avec eux la beauté de la vie. J’aime aussi avoir des moments où je suis toute seule et laisser mon esprit en liberté ; et le « farniente » en regardant les nuages passer.


Qu’est-ce qui vous rend fière ?
Je suis fière quand j’arrive à faire évoluer les pratiques et les organisations et à produire du changement innovant. Je suis fière quand j’arrive à donner la joie et l’énergie à mes enfants, à mes collègues, à mon équipe. Je suis fière d’apprécier les petites choses de la vie… comme une feuille qui bouge avec le vent.   


Comment votre entreprise contribue-t-elle à une meilleure gestion durable des forêts ?
En achetant du bois certifié durablement, en utilisant « le bon bois pour le bon usage », en différenciant l’utilisation des essences (achetant ce que la forêt peut offrir), en promouvant à l’extérieur ces pratiques en démontrant aussi qu’acheter durable ne veut pas dire acheter plus cher.


Vous évoluez quotidiennement dans un secteur majoritairement masculin, quels conseils pourriez-vous adresser aux jeunes femmes qui souhaiteraient intégrer votre filière ?
Soyez fières de vous ! Soyez fières de vos atouts qui vous rendent unique et même de vos défauts qui participent aussi à vous rendre unique. Les défauts dans certains contextes deviennent des atouts formidables : des branchies à l’air libre c’est un défaut….mais dans l’eau c’est ce qu’il faut !
Les femmes ne sont ni mieux ni pire que les homes : elles sont différentes !
Et croyez en vous, croyez en vos rêves et foncez !
Comme disait Martin Luter King : « Croyez en vos rêves et ils se réaliseront peut-être. Croyez en vous et ils se réaliseront sûrement. »


Quel(s) message(s) souhaiteriez-vous faire passer à nos lecteurs ?
Depuis que je travaille dans « le monde du bois » je constate son immobilisme et son agonie. Le monde du bois est trop vieux, trop masculin, trop tourné vers le passé. Le souffle de vie que tout le monde attend arrivera quand ce monde s’enrichira de femmes de jeune, de nouvelle technologie et d’innovation.
Vous avez aujourd’hui dans les mains les sorts de ce monde, ouvrez-les, c’est urgent.

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